Culture

Visibilité numérique et valorisation des territoires : le cas Toolon Buzz

Comment un territoire comme le Noun, riche de ses talents et de son patrimoine culturel, peut-il exister au-delà de ses frontières géographiques ? Pour Ley Mane (Soulemanou N. Pepouna), manageur culturel originaire de Foumbot, la réponse tient en un mot : le numérique. À travers Toolon Buzz, les Toolon Buzz Awards et Noun Best Talent, il a bâti en quelques années un véritable écosystème digital au service de la culture locale. Rencontre.

Pourquoi avoir commencé par créer vos propres projets culturels au Cameroun plutôt que de rejoindre des structures existantes ?
« Je constatais un manque de visibilité pour de nombreux talents et initiatives culturelles du Noun. J’ai donc commencé par créer moi-même des outils pour les mettre en avant. »
Ce constat de départ est devenu le fil conducteur de tout son travail : là où l’offre n’existait pas, il a choisi de la construire.

Pourquoi faire de la visibilité numérique des talents et des territoires un axe aussi central de votre travail ?
« Aujourd’hui, ce qui n’est pas suffisamment documenté et visible sur Internet risque de rester invisible au-delà de son territoire. Le numérique peut donc devenir un véritable outil de rayonnement culturel. »
Une conviction qui explique la cohérence de ses différents projets, chacun répondant à un besoin précis dans cette chaîne de visibilité.

Justement, comment Toolon Buzz, les Toolon Buzz Awards et Noun Best Talent répondent-ils à cette ambition ?
« Les trois projets interviennent à des niveaux différents : Toolon Buzz assure la visibilité médiatique, les Awards valorisent et reconnaissent les acteurs, et Noun Best Talent cherche à faire émerger de nouveaux talents. »
En chiffres, cet écosystème représente aujourd’hui plus de 20 000 abonnés sur Toolon Buzz, plus de 200 000 membres au sein de la communauté Toulon c’est Foumbot (TCF), et jusqu’à 600 participants lors des éditions des Toolon Buzz Awards, qui en sont aujourd’hui à leur sixième édition depuis leur création en 2018.

Vous avez repris des études en ingénierie culturelle à l’ICART Paris après plusieurs années d’expérience de terrain. Qu’est-ce que cette formation vous a apporté ?
« Elle m’apporte des méthodes, des outils et une meilleure compréhension de l’écosystème culturel français, tout en me permettant de confronter mon expérience à d’autres pratiques professionnelles. »
Une démarche assumée de professionnalisation, pour structurer des compétences jusque-là construites sur le terrain, au contact direct des publics et des artistes du Noun.

Et l’expérience professionnelle acquise en France, notamment autour du MaMA Music & Convention — qu’est-ce qu’elle change dans votre manière de concevoir les projets ?
« Elle m’a permis de découvrir des méthodes de production plus structurées et de mieux comprendre les exigences liées à la coordination, aux partenaires, aux publics et à la production événementielle. »
En quoi cette double expérience Cameroun-France constitue-t-elle une compétence à part entière ?
« Elle me permet de comprendre à la fois les réalités de projets culturels développés de manière indépendante au Cameroun et les méthodes de structuration du secteur culturel français. Cette double expérience peut être particulièrement pertinente pour des projets de coopération ou de circulation culturelle. »

Quelle place le numérique peut-il prendre, plus largement, dans la valorisation et la mémoire des cultures locales ?
« Il peut servir à documenter les artistes, les événements, les patrimoines et les initiatives afin qu’ils restent accessibles et retrouvables dans le temps, au-delà des réseaux sociaux et de l’actualité immédiate. »
Une vision qui dépasse la simple communication événementielle : pour Ley Mane, le numérique devient un outil de mémoire culturelle, capable de faire vivre un patrimoine bien après la fin d’un événement ou d’une campagne.

Et pour la suite ? Quelles sont vos ambitions ?
« Continuer à évoluer dans l’ingénierie et la production culturelles, développer des projets à dimension internationale et contribuer à créer des passerelles entre les acteurs et les territoires culturels africains et européens. »
Du Festival NGUON à Toolon Buzz, en passant par les scènes événementielles françaises, Ley Mane construit patiemment une expertise qui a pour fil rouge une seule idée : documenter, c’est déjà valoriser. Une vision qui pourrait bien inspirer d’autres territoires en quête de rayonnement culturel.

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